Un peu de culture ça fait du bien : Sainte Adélaïde

Les représentations iconographiques de saints sont choses courantes dans les chalets ou les maisons des XIXème et XXème siècle. Eléments décoratifs, elles sont avant tout des supports de la foi populaire et personnelle, notamment des prières. En effet, parmi la population traditionnellement chrétienne catholique des Alpes, les saints sont omniprésents : la vie particulièrement dure à la montagne a développé chez les populations une attitude à solliciter l’aide protectrice de Dieu à travers l’intermédiaire d’une multitude de saints.[1] On trouve ainsi des saints protecteurs, des saints guérisseurs, avec des dévotions à leur égard autant personnelles que locales.

La collection Hermann, débutée dans les années 1960 par Georges Hermann et poursuivie par son fils Frédéric, actuellement propriété du Département de la Haute Savoie, rend hommage au monde ouvrier et à la vie dans la vallée du XXème siècle. Il n’est donc pas étonnant d’y retrouver quelques représentations de saints et de figures religieuses, telles que sainte Rose de Lima, ou encore sainte Adélaïde.

Sainte Rose de Lima                         Sainte Adélaïde

La représentation de sainte Adélaïde, actuellement conservée dans « l’atelier » de Paysalp, association chargée de valoriser la collection, présente plusieurs intérêts. En papier imprimé de couleurs vives, elle contient les légendes à la fois françaises et allemandes : « Ste Adélaïde – Die Keilige Adelhe », ce qui permet de supposer que cet objet est d’origine suisse. En effet, il ne semble pas y avoir de trace d’un culte spécifique à sainte Adélaïde en Savoie[2]. Il est plus probable qu’elle soit priée en Suisse : à la fin de sa vie, cette impératrice alla se recueillir sur la tombe de sa mère à Payerne, visita l’abbaye de Saint Maurice et le prieuré de Saint Victor à Genève[3]. On retrouve pourtant le prénom Adélaïde dans les villages savoyards, comme à Mieussy, où ce prénom était souvent abrégé en « Laïde ».

La sainte est représentée richement vêtue. Elle porte une couronne ouverte dorée, ainsi qu’un luxueux manteau rouge bordé d’hermine. Sa robe verte est drapée, et ornée elle aussi d’hermine. Elle se tient dans ce qui semble être un palais, entourée de colonnes d’inspiration antique, et devant une rangée de fenêtres. Ces symboles de richesse et de royauté permettent de faire référence aux titres que porta Adélaïde durant sa vie. En effet, Adélaïde de Bourgogne est née en 931, fille de Rodolphe II de Bourgogne, roi de Bourgogne et d’Italie. Mariée en 947 à Lothaire II, elle devient reine d’Italie par alliance. Veuve en novembre 950 et chassée d’Italie par Bérenger d’Ivrée, elle épouse Otton Ier, roi de Germanie. Elle est couronnée impératrice du Saint Empire en 962 avec son époux par le pape Jean XII à Rome. Elle a une grande influence sur la cour de son mari, de son fils, puis devient régente pour son petit fils, le jeune Otton III.

Sainte Adélaïde et Otton Ier

Adélaïde porte sur elle de nombreux signes affirmant sa foi. Dans sa main gauche, elle tient une croix contre son cœur, et son regard est tourné vers Dieu. Sa main droit est ouverte, tendue vers le sol, symbole de charité. En effet, l’impératrice Adélaïde est connue de son temps pour être une fervente chrétienne. Elle encouragea la réforme grégorienne en entretenant des lieux étroits avec les abbés de Cluny, Maïeul et Odilon. Elle achève également la construction du prieuré de Payerne (Suisse) avec son frère Conrad de Bourgogne. Elle faisait visiblement preuve de charité chrétienne, car elle est souvent représentée comme donnant l’aumône et la nourriture aux pauvres.

Enfin, la tête de l’impératrice est auréolée, montrant son statut de sainte. En effet, Adélaïde fut canonisée en 1097 par le pape Urbain II. Elle est fêtée le 16 décembre, jour de sa mort (en 999), et est la sainte patronne des mariées, de la parentalité, des seconds mariages, des beaux parents et des veuves.

Cette représentation de sainte Adélaïde appartenait peut-être à une famille qui pouvait avoir des liens familiaux avec la Suisse. Pourtant, la proximité du territoire avec la Suisse n’éloigne pas la théorie d’un achat ou simplement d’une circulation de l’objet.

Il est peu probable que cette image ait un jour trôné dans une église : en effet, la dévotion portée à cette sainte semble avoir un caractère familial, et sa présence dans la collection Hermann nous confirme une possession privée. Elle a donc probablement appartenu à une famille de notables, capables de connaître des saints qui ne sont pas locaux, et de se procurer leurs iconographies. Peut-être priée par les veuves ou les remariées, sa place pouvait être sur un autel dans la chambre à coucher, dans un espace privé.

Cet objet est donc un élément important des maisons d’autrefois, comme support de la foi et de la prière. La représentation de sainte Adélaïde le rend moins classique que des saints plus populaires en Savoie. Vous pouvez retrouver des images d’autres représentations religieuses sur le site mémoire-alpine.com, où sont présentés les objets de la collection Hermann qui ne sont pas exposés, tels que la représentation de sainte Rose de Lima.


[1] Sous l’aile protectrice des saints, Alexis Bétemps, 2006

[2] Saints et Saintes de Savoie, Jean Prieur, Hyacinthe Vulliez, 1999

[3] « Adélaïde (sainte) », Dictionnaire Historique de la Suisse, 1997 (remanié en 2024)

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