Un peu de culture, ça fait du bien : Orage, ô désespoir !

Un peu de culture, ça fait du bien :
Orage, ô désespoir !

En Haute-Savoie, les orages estivaux pouvaient être violents et effrayaient la population. Des pratiques populaires avaient donc lieu pour répondre à une préoccupation très concrète : protéger les récoltes de foin, les vergers, les chalets d’alpage et les troupeaux. Elles étaient souvent accomplies collectivement, renforçant la solidarité du village face à un phénomène naturel redouté.

D’un point de vue historique et ethnologique, ces rites relevaient autant de la dévotion catholique que d’un ensemble de croyances populaires alpines, où la protection contre les forces de la nature occupait une place essentielle dans la vie quotidienne.

La menace de l’orage dans les dictons

De nombreux dictons existent. Ils témoignent d’une observation attentive de la montagne et de la météo. Dans une région où les récoltes et les troupeaux dépendaient étroitement des conditions climatiques, ils servaient autant de repères pratiques que d’éléments de la culture orale. Beaucoup ne sont pas exclusifs à la Haute-Savoie, mais ils ont été largement intégrés au patrimoine des vallées savoyardes et transmis de génération en génération.

  • Quand le Mont-Blanc met son chapeau, le mauvais temps n’est pas loin.
  • Quand les Dents du Midi fument, la pluie est en chemin.
  • S’il tonne à la saint Donat, le blé ne manquera pas.
  • S’il pleut à la saint Médard, il pleut quarante jours plus tard… sauf si saint Barnabé lui coupe l’herbe sous le pied.
  • Quand le tonnerre gronde, le bon Dieu arrose. (Quand lou tonâ gronde, lou bon Diou arrose.)
  • Tonnerre des vêpres, pluie de la nuit. (Tonâ de véprâ, plloua de né.)
  • Tonnerre du matin, vent jusqu’au lendemain. (Tonâ de matin, vent jusqu’à demain.)
Des saints qui intercèdent pour nous

Les saints ont chacun leur rôle de protection ; cela peut être contre les épidémies (Saint Roch), contre des maladies de gorge (Saint Blaise), pour les troupeaux (Saint Guérin), etc. Des saints sont invoqués plus particulièrement contre l’orage et la tempête afin de protéger les récoltes. C’est notamment le cas de sainte Brigide (sa fête est le 1er février) et de sainte Barbe (contre la foudre).

Le fait que sainte Barbe protège de la foudre provient de son histoire. Née au IIIe siècle, elle est enfermée par son père dans une tour pour la protéger des hommes et du monde. Durant son isolement, elle se convertit au christianisme avant de demander la construction d’une troisième fenêtre, ce qui symbolise la Trinité. Face au refus de sa fille de renier sa foi, son père la décapite et une foude vengeresse s’abat sur lui. C’est aussi pour cette raison qu’elle est la sainte patronne des sapeurs-pompiers notamment.

Le saint le plus caractéristique en Haute-Savoie contre les orages, et les intempéries plus généralement, est Saint Grat. Des fêtes lui étaient vouées dans de nombreuses communes du diocèse de Genève-Annecy. Son culte contre les intempéries se manifestait par l’aspersion d’eau bénite sur les champs en référence à une de ses actions. En effet, selon l’hagiographie, lors d’une invasion de nuisibles, il les aurait aspergé d’eau bénite tout en leur ordonnant de partir. Ce saint a même une chapelle qui lui est dédiée pas très loin de Viuz-en-Sallaz : sur la commune de Mieussy.

En action contre l’orage

En Haute-Savoie, la protection contre les orages ne reposait pas uniquement sur les saints. Nous trouvions aussi des pratiques locales.

  • Les cloches étaient sonnées à l’approche d’un orage car elles étaient censées éloigner la grêle. La croyance voulait que les cloches bénites dispersaient les nuages de grêle, éloignaient la foudre et protégeaient les villages et récoltes.
  • Des processions autour des champs avaient lieu lors des Rogations (soit les trois jours précédents l’Ascension).
  • La bénédiction des récoltes et des alpages était réalisée par le prêtre afin d’assurer la protection sur ces lieux pour la saison à venir.
  • Un cierge (cela pouvait être notamment celui de la chandeleur) était allumé lorsqu’on entendait le tonnerre gronder ; cela détournait la foudre et protégeait la maison contre cet aléa naturel.
  • Des rameaux – de buis ou de genévrier – bénis lors de la messe des rameaux étaient brûlés quand l’orage arrivait.

Malgré ces protections variées, cela n’a pas empêché d’éviter des incendies ; notamment celui qui a ravagé une partie du bourg de Viuz-en-Sallaz en 1857 à cause du « feu tombé du ciel ». Mais  une première forme de protection « viable » s’est mise en place : des assurances incendie afin de rembourser les dégâts. Une compagnie existait à Ville-en-Sallaz : La réunion des bons amis.

Sources :

ABRY Christian, DEVOS Roger, RAULIN Henri, Les sources régionales de la Savoie, Fayard, 1979, 661 pages.

DEVOS Roger, Vie et traditions populaires savoyardes, éditions Horvath, 1991, 191 pages.

PRIEUR Jean et VULLIEZ Hyacinthe, Saints et saintes de Savoie, Editions Le vieil Annecy, 1999, 191 pages.

Crédits photos : Le Messager boiteux, Le Petit Journal illustré, Mémoire alpine, Ministère de la Culture, Monuments historiques, PAYSALP