Zoom archéo : Les carreaux du château de Faucigny

Zoom archéo : Les carreaux de pavements du château de Faucigny

Entre 2007 et 2009 des travaux de restauration ont été effectués sur le site du château, ceux-ci ont été suivis par le service départemental de l’unité Archéologie et Patrimoine Bâti de la Haute-Savoie. A cette occasion des découvertes de matériel archéologique ont été réalisées notamment 10 carreaux de pavements. Ces carreaux se trouvaient soit dans les sols soit sur les murs utilisés pour former des décors. De forme carrée, ils mesurent entre 9,5 cm à 11 cm de côté pour ceux complets et une épaisseur entre 2,1 et 3 cm. Ils sont monochromes (c’est-à-dire d’une seule couleur) de couleur orangée et ornés de motifs géométriques, animaliers et végétaux stylisés et glaçurés. Leur assemblage permet de créer une composition circulaire semblable à celle découverte à la maison Tavel à Genève.

Le dragon, populaire au Moyen Âge

Parmi ces carreaux deux se distinguent avec leurs motifs de dragons de couleur brun foncé. Le dragon est un des monstres le plus populaire du Moyen Âge, symbole du démon un monstre de l’Apocalypse.  Ces carreaux ont été réalisés avec une technique différente de celles utilisée pour les autres carreaux ; ils sont en reliefs (le dessin ressort du carreau). Pour leur réalisation le carreau était fabriqué dans un moule et le motif était taillé en creux dans la matrice. L’étude archéologique a permis de déterminer qu’au vu de la bonne préservation du décor en relief et de la glaçure encore présente sur toute la surface sans signe de détérioration prononcé, les carreaux ne pouvaient être utilisés comme éléments dans un décor de sol. Ils étaient probablement utilisés dans un décor de poêle ou un encadrement de fenêtre ou inclus dans un panneau décoratif mural.

L’un des carreaux porte un décor de dragon rampant vers la gauche, entre un demi-cercle denté et un demi-cercle perlé et l’autre un dragon à barbiche rampant vers la droite entre un demi-cercle crénelé et deux lignes en creux. Les deux monstres sont représentés de profil sur une patte avec une longue queue enroulée et des ailes ; ils sont tournés l’un vers l’autre.

Des motifs qui rappellent la nature

Les autres carreaux tous de même facture et de même couleur représentent des motifs végétaux avec aussi des cercles crénelés ou simples ; l’un d’eux est doté d’un dessin zoomorphe (c’est-à-dire représentant un animal). Ce carreau présente une queue d’oiseau séparée d’une palmette par un demi-cercle dentelé. Ce dessin, issu du répertoire de l’Antiquité, représente deux oiseaux qui s’affrontent, séparés par une palmette. Ce décor symbolise l’immortalité. Ce carreau ainsi que les autres sont identiques à des carreaux présents sur le panneau composé de la maison Tavel. Les décors de ces carreaux ont été réalisés avec la technique de l’estampage. Elle consiste à utiliser une matrice en bois ou un tampon sur lequel le motif est sculpté en relief. Cette matrice est ensuite pressée sur l’argile fraiche et le motif s’imprime en creux.

Un dernier carreau a des motifs, cercles et traits rectilignes entrelacés formant des lignes parallèles, qui rappellent ceux figurant sur les vitraux des églises cisterciennes. Ce carreau est fait avec une pâte beige et fine. Sur sa partie supérieure les archéologues ont constaté une fine bavure en relief sur le décor. Cette dernière a aussi été retrouvée sur d’autres carreaux provenant de la maison Tavel et de l’Abbaye d’Aulps. Ceci prouve qu’un même atelier produisait des carreaux issus du même moule pour différents destinataires : maisons aristocrates, édifices religieux et châteaux savoyards ou suisses.

Faucigny, un château et ses secrets

Ces découvertes archéologiques nous éclairent un peu plus sur ce qu’était le château de Faucigny. En effet, aujourd’hui les ruines ne nous disent pas grand-chose de ce que pouvait être l’édifice lors de sa construction par les seigneurs du Faucigny, famille qui apparait avec Aymerard de Faucigny en même temps que la maison de Savoie. Aymerard est le grand père de Guy de Faucigny, évêque de Genève qui fonda le Prieuré de Contamine sur Arve et le confia à l’Abbaye de Cluny.

La première mention du château dans les actes et archives est faite en 1119. Ce château avait avant tout un rôle défensif, idéalement situé sur un promontoire rocheux culminant à 650m d’altitude au-dessus de la vallée de l’Arve. Le château fut délaissé par les Faucigny à partir du 13ème siècle, car la région s’était pacifiée. Ils régnaient sur un vaste territoire s’étendant des Allinges (en chablais) jusqu’à l’entrée de la vallée de Chamonix et construisirent donc d’autres châteaux mieux situés pour exercer leur pouvoir à Bonneville et Châtillon sur Cluses.

Château de Faucigny

Même si les sources sont peu nombreuses pour décrire le château entre le 11ème et le 13ème siècle, là où il fut le centre du pouvoir des Faucigny, grâce aux archives on sait que ce n’était pas qu’un simple château défensif mais tout un complexe englobant un bourg. Une petite cour féodale y résidait ponctuellement. Les bâtiments furent plusieurs fois agrandis et remaniés. Il y avait une première enceinte dont la feuillure de la Herse est encore visible aujourd’hui, défendue par un étang artificiel et des fossés comprenant à l’intérieur une chapelle et les maisons des manants puis une seconde muraille entourant le château qui était à la fois une habitation et le siège administratif de la châtellenie et une prison. Son esplanade comportait une cour d’honneur et une cour d’armes, ses deux tours étaient divisées en appartement. Un dédale de galeries faisait communiquer les écuries, les salles d’armes et les magasins. Le corps de logis était une aula depicta, c‘est à dire des salles décorées de fresques avec des cheminées de bois. Son toit avait une pente si raide que les couvreurs devaient s’encorder pour réparer la toiture de tavaillons.

Une description du château est faite en 1339 lors d’une enquête réalisée pour vendre les biens du Dauphin du Viennois qui n’avait pas d’héritier et souhaitait se défaire de certaines possessions.  Il avait obtenu la terre du Faucigny par mariage. En effet Aymond II de Faucigny n’ayant pas eu de descendant mâle il maria sa fille Agnès à Pierre II de Savoie et Béatrix (leur fille) qui naquit de cette union épousa le Dauphin du Viennois. Les possessions du Faucigny ont donc ainsi changé de propriétaire. En voici un extrait :

« Ledit château est situé sur un grand et gros molard rocheux et sur celui-ci est construite une tour carrée, atteignant 11 toises de hauteur et 15 toises de largeur dans sa largeur et le mur à 4 pieds d’épaisseur. Il y a dans ladite tour 4 planchers. De même à côté de ladite tour, il y a une salle entourée de murs de tout côté avec un fourneau(cheminée) et le mur à 6 pieds d’épaisseur. »
« Derrière ladite cuisine, il y a une tour ronde à trois planchers, l’un d’eux est formé d’une voute. » « Devant la sortie de la porte, une tour à deux planchers de 10 toises de haut ; de 12 toises de largeur et le mur a neuf pieds d’épaisseur. Il y a deux portes, l’une avec herse (la herse est à chêne bourg et sert de portail à un Suisse) et l’autre avec un vantail en bois muni de chaines et de pentures en bois. »

Il y aura d’autres visites plus tardives qui seront transcrites dans les archives et permettront d’en apprendre un peu plus sur la physionomie du château mais aussi sur sa dégradation progressive faute d’entretien car laissé à l’abandon à partir de 1572.

Pour découvrir le château de manière vivante n’hésitez pas à consulter notre programmation culturelle.

Sources :

  • Paul Guichonnet, in le Messager Liliana CecI, colloque de clôture du projet Anciens Vestiges en Ruines, 29,30 novembre et 1er décembre 2012, Aoste
  • Liliana CECI, Carnet d’études, approches croisées d’histoire et d’archéologie en Haute-Savoie, culture 74, 2019
  • Christophe GUFFOND, visite commentée du site du Château de Faucigny.
  • Le Petit Colporteur n°1,2,4 ,5,8 et 17

Crédits photos – Archives Départementales Haute-Savoie – PAYSALP