Germain Sommeiller : en route pour une entreprise herculéenne

Doté de notables capacités intellectuelles et d’un caractère affirmé, Germain Sommeiller a marqué de son empreinte l’histoire de son temps. Acteur majeur du percement du premier grand tunnel alpin, il a œuvré toute sa vie au service du progrès scientifique et social.

Ce circuit vous invite à découvrir le parcours exceptionnel d’un modeste Saint-Jeoirien, profondément attaché à ses racines,  devenu un ingénieur de renom et un homme politique engagé.

31 août 1857

Les travaux pour le percement du tunnel du Mont Cenis sont inaugurés. Le gouvernement sarde m’avait nommé ingénieur en chef et directeur de la percée des Alpes. Quelle fierté mais surtout quelle responsabilité ! Pour mener à bien cette entreprise inédite, j’avais mis au point avec mes collaborateurs Severino Grattoni et Sebastiano Grandis une perforatrice révolutionnaire fonctionnant à l’air comprimé grâce à l’utilisation de la force de l’eau.  

Une équipe dévouée au service d'un chantier colossal

Sans l’adhésion et la confiance du personnel, le projet était voué à l’échec. J’étais donc très attentif aux conditions de vie des travailleurs et de leurs familles. Les premiers mois du chantier ont notamment été consacrés à la construction de logements.  Afin de faciliter le ravitaillement, j’ai mis en place un système de magasins coopératifs dans lesquels le personnel pouvait se procurer des articles de consommation courante. 

Les travaux ont considérablement bouleversé le quotidien et la physionomie de Modane et Bardonnèche. Composées d’un millier d’habitants, ces localités ont accueilli jusqu’à 3000 personnes supplémentaires durant les périodes de forte activité. À mon grand désarroi, des familles n’ont pas eu d’autre solution que de construire des baraques fabriquées avec des matériaux de récupération.

 

Des conditions de travail difficiles

Il en fallu du courage et de la détermination à cette armée de travailleurs ! Ces derniers étaient soumis à des conditions éprouvantes : forte différence de température entre l’intérieur et l’extérieur du tunnel, éclairage insuffisant, aération difficile malgré l’utilisation de l’air comprimé. Les hommes travaillaient entre 9 heures et 12 heures par jour suivant la saison. Ils prenaient une heure de pause à midi. Le dimanche après-midi et les jours fériés étaient synonymes d’un repos bien mérité !

Le chantier souterrain nécessitait  la présence de 39 ouvriers en permanence.   Pour manœuvrer et graisser certains mécanismes difficiles d’accès, on faisait appel à 5 enfants, surnommés ” les mousses ” . 

Cette entreprise représentait également pour moi une aventure familiale, mes frères Léandre et Paul travaillant tous deux à mes côtés en qualité d’ingénieur.  Léandre passa des jours et des nuits à travailler au perfectionnement de l’outillage afin de ménager les forces. Malgré tout, il me faudra déplorer le décès d’une cinquantaine de personnes. 

25 décembre : mission accomplie

En ce 25 décembre 1870, quel plaisir de lire ce télégramme!  Quel cadeau de Noël me direz vous ! Le lendemain, je traverse sur une draisine ce tunnel de plus de 12 kilomètres.

Quelle émotion et quel soulagement de pouvoir constater la parfaite jonction entre les deux galeries !

Percement , mode d'emploi

Entre doutes et critiques

Duluc Albert, Le Mont Cenis, sa route, son tunnel, Éditions Hermann, 1952.

Écomusée PAYSALP– Mairie de Saint-Jeoire, Exposition temporaire et itinérante Les Défis Sommeiller,  2007.

Rapports sur le percement du grand tunnel des Alpes, Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions, annales des Ponts et Chaussées, Paris, 1863.

 Ratel Roger, Le Tunnel ferroviaire du Fréjus 1857-1995, 1997.

Revue Savoisienne, 1908.

Saint-Denis Guy, L’axe transalpin Mont Cenis Fréjus dans la seconde moitié du XIXème siècle, CRDP, n°17, 1975.